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Traits d’Union – Paris et l’art contemporain arabe The Venue, Beyrouth Du 04 mai au 28 mai 2012

Souk de beyrouth

« Printemps arabe » oblige, la scène artistique contemporaine de cette région du monde s’est récemment retrouvée sous le feu des projecteurs, suite logique également d’un regard qui désormais s’étend à l’ensemble de la planète. Dans ce vaste chantier de reconstruction d’un paradigme esthétique globalisé, l’exposition Traits d’Union, organisée par la revue Art Absolument et visible dés 2011 à la Villa Emerige à Paris, ne se propose pas comme un enregistrement des évolutions heureuses, bien qu’à l’avenir encore incertain, des régimes en place et leur effet sur l’art. Le travail des artistes présentés n’est pas totalement détaché des événements de leur pays d’origine, cependant leur adhésion à l’époque et à ses soubresauts n’est pas forcément le ressort principal de leurs œuvres : il s’agirait plutôt d’un pas de côté. Les peintures « biologiques » de Yamou, l’un des 13 artistes réunis par l’exposition, sont ainsi le fruit d’un processus de décantation matiériste qui prend ses racines dans le grand sud marocain, à l’orée de l’Afrique Noire, pour n’en laisser subsister qu’une planéité radicale, animée de vitalisme. À l’opposé, Ayman Baalbaki protège des regards son modèle, peint à l’aide d’empâtements, le dérobant sous la coupe du keffieh des guerriers. La contreplongée le rehaussant signale une fierté, finalement versatile, à l’instar de celle du paysan qui se protège du soleil. L’autre écueil auquel l’exposition entend surseoir tient dans la mise en dialogue entre Orient et Occident, par une double visibilité des œuvres des deux côtés de la Méditerranée : la création de ces artistes se nourrit d’allers-retours entre leur pays d’origine et Paris, où ils travaillent, où ils vivent, où ils ont des attaches d’importance. Les volutes de Najia Mehadji trouvent leur origine dans son travail sur le souffle et le geste, entamé dans les années 1970 autour du Living Theater à Paris, là où les Syriens Laila Muraywid et Khaled Takreti ont également installé leur atelier. Bien qu’une place de choix soit laissée au médium pictural, sculpture, vidéo et photographie sont représentées dans leur diversité lors de l’exposition de Beyrouth.

Tom Laurent

Hicham Benohoud

Entretien publié dans la revue Art Absolument N°17 ( juillet-aout 2004 )

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Art Absolument | Si en quelques lignes, vous deviez définir votre démarche artistique, comment la définiriez-vous?

Hicham Benohoud | Ma démarche artistique s’inscrit dans un processus de création assez large. En fonction des projets, je peux faire appel à la photographie, à la vidéo, à l’installation, à la performance, etc. L’individu reste au centre de mes préoccupations artistiques. En général, je travaille souvent avec des modèles que je mets en scène s’il s’agit de photographie, ou en situation si c’est une performance. Mes élèves étaient mes premiers modèles quand j’étais professeur d’arts plastiques au Maroc. Pendant le cours, je demandais à un ou à plusieurs élèves de poser pour moi en les mettant dans des situations inattendues et surtout inédites dans une salle de classe, comme monter sur la table ou s’allonger par terre. Cette série est intitulée La Salle de classe, montrée dans le cadre d’une exposition personnelle à la galerie VU à Paris en 2001, et publiée aux Éditions de l’OEil à Montreuil la même année. Le dernier exemple est une série de photographies et de vidéos intitulée Trente familles que j’ai réalisée lors d’une résidence d’artistes à l’Atelier du Plateau à Paris. Quand j’ai quitté le Maroc, j’étais à la recherche d’autres modèles. J’ai demandé à Gilles Zaepffel (regretté directeur de l’Atelier du Plateau) de me trouver des gens acceptant d’être photographiés chez eux en utilisant toujours le même mode opératoire. J’ai donc demandé à trente familles, d’où le titre de cette série, de poser pour moi tout en les mettant dans des situations qu’elles n’ont pas l’habitude de faire chez elles, comme glisser sous un tapis, s’allonger sur la table de la salle-à-manger, etc. Ce travail a déjà été montré l’année dernière au Fresnay, Studio National des Arts Contemporains à Tourcoing, et sera montré à la fin de cette année à la galerie VU à Paris dans le cadre d’une exposition personnelle. Il m’est arrivé de travailler avec d’autres modèles mais quand je n’en trouve pas, je tourne l’appareil sur moi-même, comme dans la série intitulée Version soft.

L’émergence de l’art contemporain arabe

La révolution esthétique du XXIe siècle est l’élargissement du regard à la planète. L’Internet ; la circulation des hommes et des œuvres ; la démocratisation des transports ; le dynamisme spectaculaire des économies dites émergentes ; la lucidité des sociétés civiles pourvoyeuses de belles valeurs ; l’engagement des hommes et des femmes de progrès ; le rôle crucial des diaspora des villes-monde occidentales ; l’aspiration à la justice, à la liberté, au partage des savoirs et des cultures, qui constituent sans doute le noyau dur de l’utopie contemporaine, en sont les principales causes.

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