French flagEnglish flag

Tag Archives: artistes

Ninar Esber le féminisme poétique

Entretien avec Christine Buci-Glucksmann // Article publié dans la revue Art Absolument N°37 (septembre-octobre 2010)
23_esber

Christine Buci-Glucksmann | Au début de ton travail, à ta sortie de l’école de Cergy en 2000, tu réalises tes premières performances, puis des vidéos et des vidéos performances qui mettent en question les divisions des genres artistiques. Ce qui me frappe, c’est le travail du geste, souvent quotidien et toujours transgressé par des dispositifs : suspens, répétition, quasi-immobilité ou tableau vivant. Comme tu le dis : “J’organise le présent, je l’étire.” Pourquoi cette lenteur, et en quoi te distingues-tu des performances des années 70-80 ?

Ninar Esber | J’ai été fascinée par les performances des années 70, celles d’On Kawara, de James Lee Bayers ou de Marina Abramovic, qui insiste sur les rituels, et précisément sur la lenteur. J’ai été également influencée par le Japon, le Butoh et le Nô. Par la suite, j’ai mélangé la lenteur et la hauteur. Je me mettais sur des endroits élevés : toits de New York, de Pantin ou du Caire. Je voulais explorer la verticalité, réservée aux artistes le plus souvent masculins, alors que l’horizontalité est plus “féminine”. Cela me permettait de jouer sur les échelles, de travailler les plans et arrière-plans, au point que je devenais une forme graphique dans la verticalité architecturale et urbaine. En fait, ce travail me renvoyait au premier geste performatif de l’histoire, à Siméon le Stylite, ce saint syrien (IVe siècle) qui resta trente ans en haut d’une colonne.

Mahi BineBine : Le paradoxe de la conscience

Par Joachim Pissarro,
Conservateur au département Peinture et sculpture au Musée d’art moderne de New York (MOMA) // Article publié dans la revue Art Absolument N°24 (mars 2008)

Mahi-Binebine-8

Entre New York, Paris et Marrakech. Entre Orient et Occident. Entre littérature et peinture. Analyse de l’oeuvre singulière d’un artiste marocain “nomade” par l’un de ses plus fins connaisseurs.

Mahi BineBine naît en 1959. Une ère de l’art moderne – celle de la première génération de l’abstraction américaine – paraît s’achever, tandis qu’une autre, plus complexe, polymorphe, difficile à saisir ou à définir, menace de prendre la relève.

1959 : trois ans après le moment fatidique où Jackson Pollock, ivre, fracasse sa Cadillac contre un chêne et s’y donne la mort.

1959 : un an après le premier oneman- show de Jasper Johns à la galerie Castelli – exposition qui propulse ce tout jeune artiste au-devant de la scène artistique internationale.

1959 : un an avant l’entrée en scène des nouveaux réalistes en France – moment qui coïncide à peu près avec le départ fulgurant de l’art Pop, aux États-Unis et au Royaume-Uni – mouvement qui change à tout jamais les donnes du monde de l’art : la quotidienneté, dans sa banalité achevée – Andy Warhol redoublant d’ironie, tout en parachevant les prémisses conceptuelles établies par Marcel Duchamp – devient une préoccupation primordiale du monde de l’art. La naissance de Mahi BineBine s’inscrit bel et bien en un moment charnière de l’histoire de l’art moderne et contemporain – moment porteur de redéfinition, ou mieux, de “dé-définition”, pour employer l’expression de Harold Rosenberg. BineBine, de son enfance à sa pleine carrière artistique, croît, et oeuvre, non seulement dans cette ère critique de l’histoire où une ère en abolit une autre, mais il oeuvre aussi entre trois zones géographiques distinctes – et trois continents en pleine transformation. Il vit entre le Maroc, la France et les États-Unis, dans ces entremonde parcourus de tensions, de chocs, d’oppositions, dont les scènes artistiques, complexes, porteuses de contradictions diverses, apparaissent comme les symptômes les plus flagrants. BineBine grandit dans le Maroc de Hassan II qui négocie, et impose, parfois avec extrême dureté, la position du Maroc dans l’ère violente du post-colonialisme. BineBine fait ensuite son apprentissage artistique dans la France d’après 1968. Là encore, il voit s’entrechoquer deux types de traditions qui se rejettent l’une l’autre : une tradition pratiquement défunte, d’un conservatisme séculaire et académique, contre une autre tradition qui perce à peine, celle de l’idéologie libertaire de Mai 68 qui assène ses slogans du type : “Il est interdit d’interdire.” BineBine atteint enfin sa pleine maturité artistique dans l’Amérique reaganienne, passant du libertarisme anarchisant de la France artistique post-1968, au néolibéralisme économique et au conservatisme moralisateur de l’Amérique des années 80. Enfin, BineBine décide en 2002 de rentrer au Maroc où il vit et travaille à présent.

Yazid Oulab, de l’horizon à l’élévation

Entretien avec Kader Attia // Article publié dans la revue Art Absolument N°27 (janvier 2009)

13_Oulab

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kader Attia, l’artiste installateur dont on a pu voir les nombreux travaux récents à la galerie Anne de Villepoix, a souhaité interroger son ami Yazid Oulab sur les enjeux de sa pratique. Dialogue entre artistes concernés par les liens entre l’éthique et l’esthétique.

Kader Attia | Mon cher Yazid, j’arrive tout juste du désert où j’ai rencontré un vieil homme philosophe qui m’a dit : “L’islam est une religion qui n’aurait pas pu se créer et, surtout, se développer ailleurs que dans le désert.” Le désert est le royaume des éléments. L’air, la lumière, la pierre y sont chez eux, tout comme l’eau qui, par sa rareté, y est l’élément essentiel vers lequel tout converge comme dans une mise en abîme. Dans certaines de tes oeuvres, comme la chaîne avec des clous, ou les grands clous en bois, tu utilises souvent cette technique, ce va-et-vient d’un sens vers un autre… comme si chacun de ces signes était un miroir qui donne à voir l’autre. Cela dit, cette “mise en abîme” dans tes oeuvres regarde souvent vers une autre direction : celle du politique et du poétique (des nobles rois du désert vers la noblesse du geste de l’ouvrier). Comment expliques-tu cela ? Est-ce lié à ton histoire personnelle ?

Yazid Oulab | Issu d’une famille ouvrière du côté paternel et intellectuelle du côté maternel, mon travail s’organise autour non seulement de mon histoire personnelle mais aussi de la sphère socioculturelle de mes origines. Puisque je vis et travaille en France, j’essaie d’utiliser des matériaux de construction (un clin d’oeil – bien sûr – à l’ouvrier maghrébin) en les inscrivant dans une démarche spirituelle et intellectuelle. De l’Occident, j’hérite de la forme et, de l’Orient, j’hérite de l’esprit.

Présentation de l’exposition

sitetu1

Après la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, c’est au tour des artistes du monde arabe – diasporas comprises – d’émerger sur la scène internationale. Depuis les capitales arabes où ils sont nés, jusqu’aux villes‐monde occidentales où vivent nombre d’entre eux, les artistes créent une nouvelle vision : peintres, sculpteurs, photographes, vidéastes, installateurs traduisent les préoccupations d’un monde en mutation à travers la singularité de leur point de vue. Cette vision élargit le champ du regard pour tout un chacun. La revue Art Absolument a toujours défendu la pluralité des artistes en France. Teddy Tibi, le directeur de la publication, et Pascal Amel, son rédacteur en chef, présentent à la Villa Émerige (un superbe et nouveau lieu consacré à l’art contemporain situé dans le XVIe arrondissement de Paris) une douzaine d’artistes contemporains arabes, ou d’origine arabe, ayant un lien avec la France en général et Paris en particulier.

La revue Art Absolument

sitetu2Art Absolument a été créée en mai 2002 par Pascal Amel, écrivain, et Teddy Tibi, entrepreneur et amateur d’art. En février 2009, Charles-Henri Filippi s’implique dans la revue qui devient, par le biais d’une nouvelle formule, bimestrielle. Véritable passerelle entre les arts d’hier et d’aujourd’hui, elle se fait l’écho, aussi bien du « choc esthétique » ressenti pour le patrimoine artistique des civilisations, que de la pluralité et de la diversité des artistes français ou résidant en France. Soucieuse d’accorder une place privilégiée à ceux qui mettent l’œuvre au cœur de leurs préoccupations, elle invite les artistes, écrivains, critiques d’art, conservateurs de musée, collectionneurs, à exprimer leur point de vue. Son parti pris éditorial, hors des sentiers battus, conjugue culture et reconnaissance de la spécificité de l’autre.

Powered by WordPress | Designed by: seo service | Thanks to seo company, web designers and internet marketing company