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Hicham Benohoud

Entretien publié dans la revue Art Absolument N°17 ( juillet-aout 2004 )

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Art Absolument | Si en quelques lignes, vous deviez définir votre démarche artistique, comment la définiriez-vous?

Hicham Benohoud | Ma démarche artistique s’inscrit dans un processus de création assez large. En fonction des projets, je peux faire appel à la photographie, à la vidéo, à l’installation, à la performance, etc. L’individu reste au centre de mes préoccupations artistiques. En général, je travaille souvent avec des modèles que je mets en scène s’il s’agit de photographie, ou en situation si c’est une performance. Mes élèves étaient mes premiers modèles quand j’étais professeur d’arts plastiques au Maroc. Pendant le cours, je demandais à un ou à plusieurs élèves de poser pour moi en les mettant dans des situations inattendues et surtout inédites dans une salle de classe, comme monter sur la table ou s’allonger par terre. Cette série est intitulée La Salle de classe, montrée dans le cadre d’une exposition personnelle à la galerie VU à Paris en 2001, et publiée aux Éditions de l’OEil à Montreuil la même année. Le dernier exemple est une série de photographies et de vidéos intitulée Trente familles que j’ai réalisée lors d’une résidence d’artistes à l’Atelier du Plateau à Paris. Quand j’ai quitté le Maroc, j’étais à la recherche d’autres modèles. J’ai demandé à Gilles Zaepffel (regretté directeur de l’Atelier du Plateau) de me trouver des gens acceptant d’être photographiés chez eux en utilisant toujours le même mode opératoire. J’ai donc demandé à trente familles, d’où le titre de cette série, de poser pour moi tout en les mettant dans des situations qu’elles n’ont pas l’habitude de faire chez elles, comme glisser sous un tapis, s’allonger sur la table de la salle-à-manger, etc. Ce travail a déjà été montré l’année dernière au Fresnay, Studio National des Arts Contemporains à Tourcoing, et sera montré à la fin de cette année à la galerie VU à Paris dans le cadre d’une exposition personnelle. Il m’est arrivé de travailler avec d’autres modèles mais quand je n’en trouve pas, je tourne l’appareil sur moi-même, comme dans la série intitulée Version soft.

AA | Pouvez-vous choisir l’une de vos dernières oeuvres et la commenter ?

HB | Justement cette série photographique sur moi-même a été réalisée dans des circonstances particulières. En 2003, j’étais invité par l’Espace photographique Contretype à Bruxelles dans le cadre d’une résidence d’artistes. Je souhaitais collaborer avec quelques photographes bruxellois. Dans la lettre d’intention que je leur avais adressée, il était question de travailler sur la nudité dans le contexte de l’Islam. Ce projet ne les a pas intéressés, et ils ont refusé de donner suite à cette collaboration. Je me suis donc trouvé seul et j’ai réalisé des photographies dans lesquelles je montre systématiquement mon visage de face, parsemé d’objets divers, trouvés à portée de main, comme des bouchons, des verres en plastique, des pierres, etc. De cette frustration est née une nouvelle série de photographies.

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AA | Quels sont les artistes du passé et du présent qui vous importent ?

HB | La liste est interminable, cependant, je suis plus sensible aux plasticiens dont le corps reste au centre de leurs préoccupations artistiques. Je pense notamment au photographe espagnol David Nebreda ou au photographe John Coplans.

AA | Quelle est, pour vous, la fonction de l’art – si fonction il doit y avoir ?

HB | Chaque artiste peut aborder cette question selon son époque, son origine, mais aussi selon son parcours et sa sensibilité. De mon point de vue, l’art est en perpétuelle interaction avec le contexte social, au sens large du terme. L’une des fonctions principales de l’art est de remettre en question l’ordre établi. À travers mes recherches artistiques, je porte un regard critique sur la société. J’interroge, je pointe, je dénonce, je doute, etc. La fonction de l’artiste n’est pas de trouver la solution aux problèmes, mais plutôt de poser de façon juste les questions pertinentes au moment où il crée.

AA | Existe-t-il une scène française – une scène pour les artistes en France ? Comment, à votre avis, faire en sorte que celle-ci soit davantage présente ?

HB | En France, contrairement à mon pays d’origine (le Maroc), l’art est institutionnalisé. Le réseau artistique est bien structuré. Il y a plus de cinquante Écoles de Beaux-arts, plusieurs centres d’Art contemporain, plusieurs musées, plusieurs galeries, plusieurs librairies spécialisées, plusieurs foires d’art contemporain, de salons ou de festivals, des bourses, des résidences d’artistes, une politique d’acquisition d’oeuvres qui couvre tout le territoire français, des ventes aux enchères, un vrai marché d’art. Cette situation profite aussi bien aux artistes français qu’aux autres artistes occidentaux. Dans les autres pays, on assiste également à une autre plate-forme artistique extrêmement riche. Même si la France défend ses artistes à l’étranger, comme à la Biennale de Venise par exemple, l’art est partout et les frontières semblent disparaître à une vitesse exponentielle. Les structures en France profitent aussi bien aux artistes français qu’aux artistes étrangers et vice-versa. Actuellement, des artistes canadiens exposent en Angleterre, des artistes américains en France, des artistes français au Japon, des artistes espagnols au Sénégal, des artistes maliens en Suisse. À l’heure de la mondialisation, il est de plus en plus difficile de parler de scène française. Et tant mieux, peut-être.

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